A chaque région de Madagascar, son art. Les artisans de Fandriana à Fianarantsoa sont doués pour la sculpture sur bois, ceux de Tuléar la confection de tapis mohair. Et il y a ceux qui ont le don de dessiner dans une bouteille à partir de … sable.

La bouteille de sable est un art requérant de la finesse, de la patience et de l’expérience. Il faut au moins une journée pour réaliser un dessin complet dans une bouteille de taille moyenne. Encore faut-il bien manier les piquants qui servent à modeler l’image que nous souhaitons faire. Pour Gilbert, un artisan malgache habitant à Nosy Be, la bouteille de sable résume toute sa vie.

Gilbert, la bouteille de sable c’est toute ma vie

Si vous allez en direction du port, faites un détour au Camp Vert, là où se trouve les vendeurs de nappes et de drap brodés. Installé à un petit shop de 9h à 12h, à côté du Tennis Club, faites connaissance avec Gilbert. Son nom vous est peut-être inconnu, mais vous avez peut-être déjà entendu parler de son talent auprès des personnes qui l’ont rencontré.

Originaire d’Ambohidratrimo, Antananarivo, Gilbert Razanamparany a consacré toute sa vie dans la conception de bouteille de sable. Vous ne manquerez de remarquer ses cheveux grisâtres et son visage fin évoquant plusieurs années de travail. En tout cas, c’est ce que j’ai remarqué en premier lors de notre rencontre.

 

 

« Depuis tout petit, je m’amusais à dessiner avec du sable. J’étais doué. Je dessinais ce que je voyais autour de moi ou à partir de mon imagination. Et puis un jour je me suis dit, et si je créais mes dessins dans une bouteille ? ».

Une passion devenue un métier

Cela fait maintenant 35 ans que Gilbert exerce son talent pour le besoin de sa famille. « J’ai surtout exercé mon art à Mahajanga, où j’ai transmis tout mon savoir à mes enfants. Les outils que j’utilise sont personnalisés par mes soins, chaque instrument sert à quelque chose. Pour créer une image, je façonne le sable juste à l’extrémité de la bouteille avec une tige de bois. J’ajoute petit à petit du sable avec un entonnoir personnalisé de manière à mieux éparpiller le sable.  J’avouerai que c’est un métier assez difficile car peu de personnes y arrivent vraiment. A chaque fois que je crée, je pense à ma maison, mon foyer… ».

Un début perplexe

Aujourd’hui âgé de 63 ans, Gilbert nous raconte ses débuts à Nosy Be après avoir décidé de partir de Mahajanga. « C’était en 2002, Jean-Pierre Calloc’h, (propriétaire du Ferry allant de Mahajanga à Nosy Be), qui est fasciné par mon travail m’a un jour proposé d’exercer mon art à Nosy Be. Selon lui, mes créations valent beaucoup et qu’elles seront mieux vendues ici qu’à Majunga. Il avait en partie raison car le nombre de touristes est plus conséquent à Nosy Be. Ainsi, il s’occupait gratuitement de mon transfert et se débrouillait pour me trouver une maison à Nosy Be. A un moment j’ai hésité, le fait de partir dans un lieu sans connaître personne me faisait un peu peur. Mais j’ai finalement accepté de partir à l’aventure pour tester si cela en valait vraiment le coup. Je suis donc parti tout seul laissant ma femme s’occuper du ménage durant un certain temps. Une fois dans le bateau, j’étais effrayé à l’idée de voyager à Nosy Be, sachant qu’à cette période le colonel Coutiti faisait la terreur dans toute l’île. Une fois arrivé au Port de Hell-Ville, Jean-Pierre avait tenu sa promesse en me trouvant un logis et une place pour vendre mes créations. Durant deux ans, je me débrouillais pour subvenir à mes besoins. La vie à Nosy Be est assez différente de Mahajanga, je faisais ce que je pouvais pour m’adapter à la vie sociale. Chaque mois, j’envoyais de l’argent à ma famille qui n’est pas assez évident, car la vie est chère. Il arrivait un moment où j’ai voulu abandonner mais je me suis retenu. La seule chose qui me motivait c’était de travailler, d’exposer mes œuvres aux yeux de tous, car j’ai mis toute mon âme dans cet art. ».

Une continuité insoupçonnée

Convaincu d’avoir réussi, Gilbert a finalement décider de continuer son commerce à Nosy Be. Il fait venir son fils Fleury qui le rejoint 2 ans après son installation à Nosy Be. « Aujourd’hui, je travaille avec mon fils Fleury où il s’est installé définitivement à Nosy Be avec sa femme et ses enfants. Nous nous entraidons, il fait la conception et moi, je vends ses créations. De mon côté, je me débrouille pour partir à Majunga, parce que c’est surtout là-bas où je peux m’approvisionner des sables dont j’ai besoin pour mon travail. Je peux trouver du sable à Nosy Be comme par exemple à la Cascade, mais je préfère celui du Circuit Rouge à Mahajanga qui est assez fin et qui existe en 13 couleurs. Mais pour que le sable soit encore plus fin, il faut le tamiser avec une passoire ».

Chaque jour, visiteurs et touristes viennent dans son shop pour découvrir son savoir-faire. « Lorsque les visiteurs voient mes créations, ils ne croient pas qu’elles soient faites à partir de sable. Ils croient que je mets de la colle dedans (rires). Quand je leur montre comment je fais, ils sont tous impressionnés. Mais ce qui me sidère le plus, ce sont les gens qui copient mon travail et qui vendent la bouteille de sable à prix dérisoire. De plus les matières qu’ils utilisent ne sont pas tous du sable, par exemple, le sable noir est remplacé par du charbon ».

Jusqu’à aujourd’hui, Gilbert continue à vivre de sa passion. Si vous voulez le rencontrer, vous pouvez le contacter à ce numéro : 032 29 629 67. Il se fera un plaisir de vous recevoir et même vous raconter sa vie dans tous les détails.

Sa page facebook : https://www.facebook.com/bouteille.desable

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Aussi bien passionnée d'écriture que de Nosy Be, j'aimerai vous faire voyager à travers le site en vous montrant l'authenticité de l'île aux parfums. Des questions ? Des remarques ? Ou autre ? Je suis là pour vous guider.

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