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Histoire & culture

Le kidramadrama, une corrida à la Nosy Be

« Je ne crains pas la charge du zébu en furie, même si j’ai été déjà grièvement blessé par un coup de corne au dos », a témoigné Godro, un des meilleur combattants nosybéens pratiquant ce sport depuis 1998.

Une corrida à mains nues et sans mise à mort du taureau

Cette forme de tauromachie nosybéenne qui, jusqu’ici, ne dispose pas encore de ses propres arènes, attire les touristes par sa forte charge en émotions fortes. Pas d’habillements spécifiques, pieds nus et torse nue, les combattants n’ont que leur agilité et leur adresse pour éviter d’être piétinés, encornés, ou envoyés en l’air par le bovidé excité. Mais, il n’empêche que les blessures sont courantes. Aux bras, à la cuisse, au ventre ou même au sommet du crâne, les cicatrices sont autant de “galons” acquis au champ d’honneur que le « mpiavaka » exhibe avec fierté et souvent dans un grand éclat de rire.

rodéo madagascarOuvert par des animations folkloriques, le “kidramadrama” se tient habituellement dans l’après-midi, de 15 h à 17 h 30. Un combat dure un tour d’horloge. Comme le principal protagoniste de la corrida à la mode nosybéenne est le zébu, cela signifie que pour un événement, l’organisateur doit disposer de deux à trois zébus, qui sont utilisés l’un après l’autre, afin de bien assurer le spectacle.

Les combattants, composés de cinq à six personnes de différents âges, se regroupent au milieu de la piste, sous la direction d’un animateur muni d’un sifflet. Saluant les spectateurs, ils dansent suivant le rythme des instruments traditionnels. Ils sont donc prêts à affronter la bête.

corrida madagascarEn réalité, le “kidramadrama” n’est pas un simple sport de combat, il véhicule le respect mutuel entre les habitants, renforce les liens entre eux et contribue au maintien des identités collectives.
Lors d’un affrontement, le “mpiavaka” représente un village en entier. Hommes, femmes, enfants, et vieillards se déplacent pour le soutenir. Le lien social se tisse, alors.
Le spectacle se termine par une démonstration de force des combattants agrippés, tantôt à la bosse tantôt aux cornes, se tenant le plus longtemps possible sur l’animal en furie. Le but est d’avoir à l’usure cette force brute qui leur est opposée. La victoire est acquise quand le zébu, dépité et épuisé, tente de fuir de l’arène.

Un peu d’histoire

kindramaran nosybeVers 1949, des immigrés comoriens débarquèrent avec quelques Espagnols dans l’Île aux parfums, à bord d’un bateau dénommé “Kotriha”. Ils y introduisirent le “kidramadrama”, une sorte de tauromachie où l’on excite la bête avec un “lambahoany” et on la fatigue jusqu’à ce qu’elle abandonne.
D’après Amady dit Kilarosy, un ancien pratiquant fort connu de la population de Nosy Be, ce sport typiquement hispanique se jouait dans une arène sise au quartier de Senganinga où habitait le roi.
Depuis le départ des Espagnols, en 1979, le kidramadrama, hérité alors des Comoriens, ne cesse d’évoluer, et il est devenu une corrida traditionnelle et populaire ancrée dans le pays des Sakalava et la culture de Nosy Be, plus particulièrement chez les musulmans.
Le “kidramadrama” se joue avec le “lambahoany” pour exciter le zébu, appelé localement “largey”, (zébu détendu), ce qui le différencie du “savika” betsileo pratiqué à Ambositra. Dès lors, on ne se croirait pas tout à fait à Nosy Be, mais plutôt dans un coin d’Espagne.
À la fête nationale, pendant la période de “Idd Mubarak”, et lors du festival Donia pour la première fois, l’homme et la bête devenus adversaires, veulent conquérir la ville et la gloire. Le “kidramadrama” sert de référence pour les jeunes “toréros” en mesurant leur force avec celle du zébu.
Ce sport dangereux plaît énormément à la population. On constate une présence massive de la gent feminine au “mpangahary”, l’espace où se déroule le “kidramadrama” (“banja” dans d’autres régions). Toutefois, les jeunes participants, les “mpiavaka”, n’ont pas tellement l’intention de séduire les femmes, comme c’est le cas chez les Betsileo avec le “savika”.

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