Le “Famadihana”, retournement des morts en francais

Le famadihana (retournement des mort) est considérée comme une coutume funéraire d’un point de vue Europeen (voir wikipedia), mais d’un point de vue malgache, il s’agit d’une coutume qui consiste avant tout à un respect des ancêtres, car les morts ne sont pas  morts.  L’au-delà n’est pas perçu comme un royaume inaccessible, il participe au monde des vivants. « Tsy maty ny maty » (« les morts ne sont pas morts ») dit un proverbe …
En effet, même si un défunt est dans la tombe son esprit est toujours vivant et présent, il garde son individualité comme ses attaches familiales. Sa présence ce ressent a travers des messages (rêves et autres) qui participent à l’ organisation de la vie de tout les jours, de la famille, et même de la communauté.
Ainsi la traduction française “retournement des morts” ne convient pas d’un point de vue philosophique.

D’où viens cette coutume ?

A l’origine, l’exhumation a été pratiquée pour les cas des personnes décédées loin de sa région d’origine et une fête a été organisée lors du rapatriement des dépouilles dans le caveau familial afin que cette personne repose tranquillement auprès des siens.
Dans la tradition malgache, c’est lors de l’exhumation que les défunts accèdent au statut d’ancêtres pour qu’ils puissent apporter leur bénédiction aux descendants vivants.
On peut dire que le famadihana est un prolongement de la vieille coutume des « doubles funérailles » très répandue avant l’époque moderne en Asie du Sud-Est mais aussi en Égypte antique ainsi que dans le Proche-Orient ancien (dans l’ancien Israël, à Babylone ou par les zoroastriens en Perse) et dans la Grèce antique.

Quand ce déroulent ses fêtes ?

Ces fêtes se déroulent généralement entre  juin et fin septembre et ont lieux environ tout les 5 ans. Parfois plus loin après et parfois plus tôt, la décision qui détermine l’organisation de cette cérémonie est souvent liée au surnaturel. Lors d’un rêve, par exemple, un parent défunt peut dire à l’un de ses descendants qu’il a froid. La famille va alors consulter un devin (le mpanandro, dont nous reparlerons dans un prochain article) qui, au cours de l’ exécution d’ un fomba, définira avec la famille le jour et l’ heure propice à l’ ouverture du tombeau. Dans une autre mesure, cela dépend également des moyens de la famille, car un Famadihana, cela représente plusieurs centaines de personnes (parents, invités et habitants du village) qu’ il faudra nourrir durant trois jours au cours duquel le rhum coulera à flot !

Comment ce déroule la cérémonie ?

Après le kabary (discours de cérémonie), le corps du défunt est retiré de son tombeau et les membres de la famille, vêtus des mêmes accoutrements pour qu’ils se distinguent des autres invités, portent le corps au lieux prévu à l’avance. Le corps est alors exposé à la famille, aux invités ainsi qu’à la population du village
Pendant ce temps, les invités procèdent à la donation du “kao- drazana”, une somme d’argent offerte par chaque invité aux familles de l’exhumé pour marquer leur solidarité avec eux.
Ensuite les proches parents enroulent l’ancêtre dans un nouveau linceul (l’ancien linceul est gardée par les femmes, ce dernier ayant un pouvoir de fécondité). Ce rituel est accompagné de chant et de danse et les larmes sont interdites à ce moment là (mêmes si parfois c’est impossible pour certains on s’en doute…), un signe que les vivants sont heureux d’accompagner leurs ancêtres dans leurs places respectives.
Après l’emballage du corps, les descendants du défunt emportent sur leurs épaules le corps de l’exhumé en dansant. Avant d’être mis dans le tombeau familial, selon les coutumes, le corps de l’exhumé est porté sept fois autour de la tombe pour que ce dernier puisse se souvenir de son propre tombeau. Puis le corps est remis à sa place dans le tombeau de la famille suivi des prières des descendants d’octroyer la bénédiction de ces ancêtres.
La journée s’ achèvera par un festin durant lequel l’ensemble des personnes présentes assisteront à des spectacles de hira gasy et danseront au son de la musique des groupes vako-drazana.

Un témoigne que j’ai beaucoup aimé, je vous invites ainsi à découvrir un retournement des morts à travers les yeux de Matthieu : http://g2mphotos.over-blog.com/pages/Retournement_des_morts-218357.html

La fin du retournement des morts ?

La pratique du famadihana tend à se raréfier. La cause principale est le coût élevé de la cérémonie (il faut offrir durant trois jours des festins à tous les parents, aux habitants du village, aux invités [plusieurs centaines de personnes], faire venir des troupes de musique de mpihira gasy et de vako-drazana), mais aussi, malheureusement, de l’impact de l’influence occidentale, par l’intermédiaire notamment de l’influence chrétienne…

Cette pratique funéraire nous est étrangère, étonnante voir pour certains religieux honteuse, mais la diversité culturelle est ce qui fait chacun d’entre nous, c’est également ce qui fait le charme du voyage ! Si les coutumes malgaches se perdent, c’est la nationalité même qui se perd … Et puis, cette coutume ne permet elle pas d’aborder la mort avec plus de sérénité ? de faire son deuil plus facilement ?

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Avant tout chose, ce blog est indépendant, écrit pas un résident de Madagascar amoureux de ce pays. Vous trouverez ainsi sur Nosy Be Island, des conseils, des astuces, des bons plans, des réflexions et tout ce dont je peux avoir envie de parler …

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